L'Orangerie, théâtre d'été
Du mardi 14 juin au mardi 5 juillet à 20h30
Dim 19 juin, dim 3 juillet à 19h, Relâche : ven 17, sam 18, dim 26 et lun 27 juin.
En tournée :
Théâtre du Crochetan (Monthey), les 11, 12, 13 et 14 octobre 2011
Grange de Dorigny (Lausanne), du 27 octobre au 5 novembre 2011
Théâtre Benno Besson (Yverdon), le 8 novembre 2011
Mise en scène : Valentin Rossier
jeu : Marie Druc, Anne-Shlomit Deonna, Matthias Urban, Valentin Rossier
Dramaturgie : Gianni Schneider
Lumière : Jonas Bühler
Scénographie : Jean-Marc Humm
Son : Bruno Burel
Costumes : Nathalie Matriciani
Maquillage : Katrin Zingg
Régie : Jean-Michel Carrat
Assistanat à la mise en scène : Monica Budde
Dessin Miriam Kerchenbaum Graphisme Cornelis de Buck
Dans leur maison sur un campus universitaire, un professeur d’histoire et sa femme reçoivent un tout jeune couple pour un verre de bienvenue qui ne sera pas le dernier.
La nuit de la colère peut commencer, avec petit sabbat pour sorcière et démon, façon lycanthropie sauce Walpurgis, qui vire séance tenante au psychodrame.
Le scénario improvisé est implacablement mis en scène, dans l’ironie qui déchire les chairs jusqu’à l’os et met à nu les névroses, tout en variations sur le thème de la cruauté des illusions perdues et de la frustration des espoirs engloutis.
Marie Druc brûle les planches
On est en plein dans l'alcoolisme mondain des années 50 et 60.
Déjà très imbibés, Martha et George reçoivent chez eux
un jeune couple nettement moins dépravé qu'eux et sensiblement plus jeune.
Martha s'amuse à séduire Nick. Sa femme tient mal l'alcool. La soirée est sordide.
Les quatre comédiens engagés dans ce huis clos
mis en scène par Valentin Rossier réussissent avec brio le grand saut dans l'horreur signée Edward Albee.
Marie Druc, qui joue Martha (rôle rendu célèbre au cinéma par Liz Taylor), brûle les planches.
Sous sa permanente d'époque, elle concentre le cynisme désespéré de cette femme sans enfants qui s'ennuie en face d'un mari blasé.
Celui-ci a la nonchalance de Valentin Rossier, tandis que Matthias Urban et Anne-Shlomit Deonna incarnent bien le couple de visiteurs
tourmentés par leurs cruels ainés.
Un très bon moment de théâtre.
Benjamin Chaix, Mardi 21 juin 2011
Un immense huis clos riche en coups bas et en hauts cris
(...) Soyons précis: on ne rigole pas chez Edward Albee. Ou alors d'un rire au goût de sang, celui du couple qui se déchire et
se désagrège dans un bain d'illusions macérées.
En son temps, Mike Nichols en fit un grand film, avec Elisabeth Taylor et Richard Burton.
Tous est d'ailleurs cinématographique
dans la pièce d'Edward Albee, un auteur qui projette ses répliques comme on le fait d'une flêche dans une cible.
Valentin Rossier, qui signe la mise en scène de cette adaptation, privilégie d'ailleurs un jeu très visuel, avec
des personnages qui oscillent puis explosent au rythme des vapeurs d'alcool.
A noter la très belle distribution qui, outre le metteur en scène, comprend Marie Druc, Anne-Shlomit Deonna et Mathias Urban.
Bref, on vous conseille l'immersion dans cette nuit de névroses, cruelle et quasi anthropophage.
Lionel Chiuch, Samedi 25 juin 2011
L’enfer, c’est le couple? Oui, répond Albee
Valentin Rossier aime les relations accidentées. Avec Qui a peur de Virginia Woolf?, récit d’un naufrage conjugal sur un campus universitaire signé de l’Américain Edward Albee en 1962, le metteur en scène genevois est servi.
D’autant qu’il puise à une autre source mythique: la version cinématographique de Mike Nichols en 1966, dans laquelle Elizabeth Taylor et Richard Burton réglaient de vrais comptes matrimoniaux.
Ce qui frappe d’emblée? La ressemblance des acteurs genevois avec le couple illustre. Marie Druc a la même chevelure noire en pétard que Liz, et Valentin Rossier porte la cravate et les lunettes de Burton. Le salon, par contre, a gagné en élégance et le couple de jeunes premiers qui sortira aussi sonné de cette soirée (Matthias Urban et Anne-Shlomit Deonna) se distingue du modèle hollywoodien.
Peu importe, d’ailleurs, s’il y a citation ou non. Dans un Théâtre de l’Orangerie rénové, le public (re) traverse intensément les états de détresse de ces paires qui se déchirent entre alcool, humiliations et dérision. L’enfer, c’est le couple? Oui, répond Albee.
(...) L’intérêt de ce texte aujourd’hui? Sa part d’éternité. Comment la frustration et le dépit détruisent la vie à deux. Chacun des quatre comédiens tient sa partition avec précision, alternant rire mauvais et larmes pour les personnages les plus âgés, séduction et suffocation pour les plus jeunes. Marie Druc, particulièrement, épate dans le registre sauvage, déchaîné qu’elle tient de bout en bout. C’est une comédienne accomplie qui peut tout jouer, une référence dans le théâtre romand.
Marie-Pierre Genecand , vendredi 24 juin 2011
Petits duels entre amis Vérité et invention cohabitent dans «Qui a peur de Virginia
Woolf?» d’Edward Albee, mis en scène par Valentin Rossier à l’Orangerie.
Les mots échangés fracassent les
personnages avec violence, jusqu’au
coeur de leurs blessures et
au noeud de leur haine: c’est une
véritable performance que réussit
Valentin Rossier, avec ce spectacle
qui met en scène la complexe
et célèbre pièce d’Edward
Albee, Qui a peur de Virginia
Woolf? L’oeuvre dépeint l’usure
d’un couple alcoolisé qui utilise
ses invités pour faire l’étalage de
ses déchirures, les poussant à
l’extrême du malaise et à l’aveu
de leur propre perversion. Noyés
dans leur soif jamais étanchée,
passant, comme nous, du rire
aux larmes – mais c’est toujours
un rire noir, tourmenté, brutal –,
Martha et Georges se livrent à
des jeux cruels, dans lesquels ils
entraînent malgré eux deux
jeunes mariés qui se dévoilent à
leur tour.
(...) Valentin Rossier propose
une mise en scène épurée dont
la force est dans l’exactitude, la
minutie et la virtuosité des interprètes
longuement préparés.
Il incarne lui-même le personnage
de Georges, et parvient à
faire entendre l’affection d’un
homme brisé pour son épouse
devenue cruelle, humiliante et
cynique, alors que son texte ne
raconte que la frustration.
Remarquable également la
naïveté cinglante d’Anne-
Shlomit Deonna, dont le regard
s’allume sous l’effet de la peur, de
l’alcool ou du refus de savoir.
Matthias Urban réussit à se
rendre peu à peu détestable
malgré son allure, au fil d’un
déballage qui met à nu son
personnage, dépourvu de sa
contenance et de sa dignité – la
veste de costume finissant par
tomber, le reste aussi, pour les
besoins de sa carrière académique.
Quant à Marie Druc, c’est
à peine si on la voit, tant Martha la
possède jusqu’au bout, même
lorsqu’elle salue le public.
«J’adore les histoires que je
connais déjà, ce sont celles que je
préfère», confie l’invitée sous la
plume d’Edward Albee. Les
pièces mille fois jouées sont loin
d’être les plus faciles à mettre en
scène, mais Valentin Rossier ne
laisse rien au hasard. Le temps et
l’espace lui appartiennent. Le
texte se déroule tranquillement
et il est ponctué de silences, de
sorte que l’on a la sensation de le
respirer et de n’en perdre rien.
Marie Beer , mercredi 29 juin 2011
L'helvetic Shakespeare Company en tournée
(…) Quatre comédiens qui arrivent à nous faire oublier Richard Burton et Liz Taylor, vrai défi qu'il faut souligner. Valentin Rossier, comédien, donne de la jeunesse à son personnage de George, jeunesse déjà amère certes et déjà gâchée, pas forcément par l'alcool d'ailleurs, car Valentin Rossier metteur en scène n'a pas voulu faire de l'alcool le personnage principal. L'excellente Marie Druc insuffle un peu de douceur à Martha, un peu d'éducation malgré les apparences, à cette petite bourgeoise qui voudrait nous faire croire qu'elle tire les ficelles de toute cette histoire, et qui se met en pantalon pour nous inviter à penser qu'elle porte le pantalon.
(…) Pendant à peu près une heure quarante-cinq, on verra alors l'extraordinaire capacité dfe l'être humain, ici diffracté en quatre personnages, à se mettre dans des situations si ce n'est indignes, du moins pas très enthousiasmantes. D'injures en bassesses, de postures triviales en positions vulgaires, le spectateur regarde comment l'alcool décape, érode méthodiquement et irrémédiablement les gestes, les attitudes, les mouvements de l'âme, et comment il renforce la laideur des pensées pas toujours très bien cachées. L'avancée dans l'ivresse et dans la nuit ravive étonnamment l'énergie des protagonistes, qui ici ne se lâchent pas, mais au contraire « ;se cherchent» ; hagards pour mieux boxer les uns avec les autres, les uns sur les autres.
(…) Le contexte a vieilli, la société a muté, mais en traversant le monde, on reconnaîtra ici et là des mégères, des arrivistes, de splendides déçus et de pitoyables jeunettes, où que l'on soit, où que l'on regarde, où que l'on fuie.